Méditation sur l'évangile du 1er dimanche de l'Avent 2020

"Veillez !"                                                                                                 
Commencez par lire tranquillement cet évangile. 
Laissez des mots, des phrases résonner en vous. 
Puis lisez ou écoutez la méditation.

 

Évangile de Saint Marc 25, 31-36

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : 
« Prenez garde, restez éveillés : car vous ne savez pas quand ce sera le moment. C’est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et demandé au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin ; s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez !»
 
 
Méditation
 
Version audio du père Guy :
 
 
 
Nous voilà à pied d’œuvre. Dans quatre semaines, nous allons fêter un événement sans précédent : Dieu qui vient partager notre vie d’hommes, de sa naissance à sa mort.
 
Et voilà plus de 2000 ans que cet événement incroyable est arrivé. Il a suscité au cours de l’histoire humaine des figures magnifiques… mais aussi, en son nom, on a tué, torturé, culpabilisé… Et nous, aujourd’hui, nous sommes là !
 
Et voilà qu’au moment où nous nous préparons ensemble à vivre cet événement inimaginable, l’évangile nous lance un cri : « Veillez ! » C’est bien un cri car il dit : « Prenez garde, restez éveillés ». Et comme si on n’avait pas compris, ou qu’on prenait cet appel pour le voisin, il termine en disant : « Ce que je dis là, je le dis à tous : Veillez ! »
 
Et si le Christ y met une telle insistance, c’est sans doute que c’est très important… mais aussi que rien n’est évident. Après 2000 ans, quand on regarde notre société, on est bien obligé de constater que le christianisme n’a pas fait ses preuves. On dit que Jésus, en s’incarnant, a sauvé le monde, mais on peut légitimement se poser des questions. En tout cas, une chose est certaine : le salut apporté par le Christ n’est pas quelque chose d’automatique. Il est comme un ferment dans la pâte de nos vies ; il est comme une graine lancée en terre, perdue dans  l’immensité comme une épingle dans une meule de foin. Car Dieu a eu cette idée géniale de nous associer à cette naissance… et donc de marcher à notre rythme. Pour en voir l’éclosion, il nous faut être très attentifs, comme un jardinier qui guette la sortie de terre de ce qu’il a semé.
 
Et c’est pourquoi, dans ce lent chemin de l’humanité, il a mis des veilleurs. 
Nous sommes ces veilleurs !
 
Mais, qu’est-ce que c’est que veiller ?
 
C’est d’abord, ne pas dormir !
Au moment le plus crucial de la vie humaine de Jésus, au jardin des Oliviers, les Apôtres dormaient physiquement, incapables qu’ils étaient de veiller ! Eh bien aujourd’hui, nous pouvons nous poser la question de savoir si les chrétiens ne dorment pas. Nos communautés chrétiennes sont-elles perçues comme des dortoirs ou bien comme des lieux où s’expérimente l’action de Dieu  dans nos vies. ? Vous savez comment on appelait les premiers chrétiens : les sauvés ! Et nous ?
 
Car veiller, c’est vivre en éveillés.
C’est-à-dire, comme le Pape Jean XXIII aimait à le dire, c’est savoir lire les signes des temps, savoir interpréter l’histoire et y discerner ce qui est en train de s’y passer et qui est invisible pour les yeux.
Mais pour savoir interpréter notre histoire comme une histoire divine, il est nécessaire de laisser remonter en nous toute la richesse de foi qui nous a été donnée comme un cadeau distillé dans notre existence depuis notre naissance.
Vous savez, quand Paul disait aux Corinthiens : « Je rends grâce à Dieu à votre sujet, pour la grâce qu’il vous a donnée dans le Christ Jésus : en Lui vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la Parole et de la connaissance de Dieu », il nous invite à laisser remonter à la surface de nos vies toutes ces richesses de foi qui se sont accumulées en nous au long de nos années de vie, à en rendre grâce, et à les laisser éclairer aujourd’hui notre vie pour en faire cette « lumière du monde » dont les disciples du Christ sont dépositaires et qui est faite pour éclairer le sens des choses de notre histoire.
 
Et alors, veiller, c’est être des éveilleurs !
Nous sommes, comme le disait Isaïe, l’argile que Dieu a façonnée, nous sommes l’ouvrage de ses mains… envoyés pour être signes d’Evangile, c’est-à-dire de Bonne Nouvelle. En laissant remonter à la surface de nos vies toute cette richesse de foi qui s’y est accumulée, nous laissons la lumière du Christ émerger de dessous le boisseau pour éclairer tous ceux qui sont dans la maison (Matthieu 5/14-16). C’est peut-être cela le premier travail que nous avons à effectuer pour nous préparer à accueillir la bonne nouvelle de Noël !
 
Père Guy de Lachaux